St Vincent 2011 à Nantes, pourquoi Nantes ? par Jean RICHARD, chancelier de l’Ordre

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Vendanges d’autrefois à Nantes

Pourquoi ne pas rester dans le vignoble ? Certains se posent la question… L’Histoire vient à mon secours pour y répondre.

Imaginez Nantes dans les temps anciens. Nos ancêtres, après le décret de l’empereur Probus (232-282) qui autorisa la plantation des vignobles en Gaule, s’attachèrent à la culture de la vigne. Les collines de Nantes s’en sont couvertes après celles de Rezé. Mais, curieusement, si l’on considère l’implantation actuelle du vignoble nantais, ce sont les villae des rives de l’Erdre qui accueillent les premiers développements du vignoble, hors la cité et qui seront convoitées par les guerriers bretons.

Au VIème siècle, après le déclin de la civilisation gallo-romaine, l’évêque a pris en charge l’administration de la cité. Félix – devenu plus tard Saint Félix- est un remarquable bâtisseur et un aménageur de sa ville. Il en est aussi le premier viticulteur. Il se repose dans son domaine de Chassay en Sainte Luce, “dans cette campagne que baigne la fraîche Loire… à l’ombre des pampres de la vigne” écrivait son ami le poète Venance Fortunat. Vers 555, Félix, avec l’assentiment des Pictons, envoie son secrétaire, le diacre Martin vers le Sud-Loire situé alors dans leur territoire. Après un séjour désastreux à Herbauges,Martin s’établit à Vertou. Il y fonde une abbaye qui comptera rapidement trois cents moines. Les religieux vont cultiver la vigne et possèdent bientôt un vignoble important. Les vins nantais étendront leur domaine vers le sud. En raison de cette activité reconnue comme l’oeuvre de Saint Martin de Vertou et de ses successeurs, je dois avouer, enfant de Vertou qui prétend souvent que sans notre saint local le vignoble de Sèvre et Maine n’existerait pas, je n’ai ni tout à fait tort ni tout à fait raison. Car sans l’influence de Saint Félix, jamais Vertou n’aurait pu célébrer son Saint Martin et jamais le vignoble ne se serait étendu de cette façon du sud-est au sud-ouest de Nantes.

A travers Saint Félix, c’est donc bien Nantes qui est à l’origine de la propagation de la culture de la vigne dans ce qui est devenu notre Pays Nantais. A partir du XIIIème siècle on peut considérer que le vignoble au sud de Nantes est très important. Dans la cité même, les vignes vont acquérir une place de choix. Imaginez qu’autour de la cathédrale, du château et de l’Hôtel de Ville que vous connaissez prospèrent des clos de vignes : clos du Chapitre, vignes de Richebourg, vignes de la Motte saint Pierre et de la Motte Saint André. Près du Quai de la Fosse, qui verra se développer le commerce maritime et dont vous pouvez admirer les beaux immeubles du XVIIIème siècle, la vigne est présente : le clos de la Fosse est reconnu dès le XIVème siècle. Bien d’autres quartiers de Nantes peuvent se prévaloir de l’existence de terres plantées de vignes.

Comme l’écrit notre confrère Alain Poulard, dans les publications duquel j’ai puisé une partie de mes informations, “de l’est à l’ouest de Nantes, les vignes sont partout”. L’urbanisation, comme souvent, imposera la disparition de ces terres de prédilection. Il n’en reste qu’un bien modeste témoignage, rue du Vieil Hôpital où les membres de la Commune Libre du Bouffay entretiennent avec grand soin quelques pieds de vigne plantés par leurs soins et vendangés dans la liesse populaire, avant d’en offrir la pressée au premier magistrat de la ville. Vous n’aurez peut-être pas le loisir de goûter ce vin, les vignes ne produisant que l’équivalent de deux précieuses bouteilles ! Mais,vous le voyez, le vignoble nantais commence bien à Nantes …

Nantes a été, dès les premiers siècles, grâce à son ouverture maritime, le siège d’un important commerce du vin à l’exportation, non seulement des vins locaux mais encore de ceux qui descendaient la Loire en provenance de l’intérieur. Cette ville bénéficie d’une place éminemment stratégique. Située au débouché de la Loire, elle étend ses ramifications commerciales jusqu’au coeur du royaume de France, mais jouit également de la proximité de l’Océan Atlantique. Le “Port aux Vins” était situé près de la Place du Commerce où se trouve aujourd’hui la Maison des Vins. Plus encore, le vignoble nantais s’était fait une réputation dans le commerce des eaux de vie. Le vin blanc d’alors supportait difficilement les longs voyages en bateau et les commerçants étrangers avaient pris l’habitude de le distiller avant ou après le transport. Le Phylloxera au XIXème siècle entraînant la disparition des vignes aura eu raison de ce commerce dont profitera alors pleinement le vignoble de Cognac, beaucoup mieux organisé. Les productions locales nantaises étaient le fait d’un nombre important de petits distillateurs alors que la production de Cognac se regroupait principalement autour de grosses maisons. L’importance du commerce du vin fut considérable. Les taxes qu’il générait ont permis le développement de Nantes bien avant l’essor d’un autre négoce, plus sombre celui-là, le “commerce triangulaire”.

Je cite une dernière fois Alain Poulard, en guise de conclusion : ” A l’opposé de Bordeaux, clé de voûte et tremplin historique du développement des grands crus girondins, Nantes qui tira son développement en grande partie du commerce du vin semble aujourd’hui vouloir en renier la paternité…” Notre présence à Nantes à l’occasion des fêtes de la Saint Vincent se veut une contribution à un juste retour des choses.

9 décembre 2010,

 

Le chancelier de l’Ordre,

Jean Richard.

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