L’Histoire du Muscadet

Trompé par une étymologie plus spectaculaire que fondée, le monde des profanes voulait voir dans le Muscadet un vin doux, à l’image du fameux Muscat qui est à la base de cette erreur de jugement.

Or, par une singulière ironie de la nature, non seulement le Muscadet n’est pas un vin doux, mais on exagère à peine en affirmant qu’il constitue le parfait prototype des vins blancs secs, avec ce complexe idéal de jeunesse et de fruit qui fait son originalité et le place parmi les vins de France et du monde, les plus en faveur.

Mais cela dit, avouons qu’à lui seul, ce mot est déjà toute une évocation : vif, alerte, même un tantinet égrillard, son de pur métal, riche en résonance. Il plait à l’ouïe et semble préfigurer, en quelque sorte, les promesses qui s’inscrivent dans le délicieux breuvage.

Muscadet, mot sonore et chargé d’euphorie,

Qu’un plaisant troubadour semble avoir invité,

Certain jour qu’il cherchait, dans le livre de vie,

Un synonyme de gaieté !

Eh oui ! Voilà le mot : la gaieté. Le Muscadet est gai. C’est le vin philosophe. Comme tous les vins, direz-vous. Bien sûr, tous les vins réjouissent le coeur des hommes et ne contristent pas celui des femmes. Mais où trouver, qu’on nous le dise, une fraîcheur et une spontanéité d’effluves comme dans notre cher et vieux Muscadet ?

Si l’on se rapporte à l’abbé TRAVERS et à La BORDERIE, deux excellents chercheurs, la culture de la vigne était déjà en grand honneur dans le comté nantais, vers le milieu du IVème siècle. Entièrement ruiné par les invasions normandes, le vignoble aurait été reconstitué au XIème siècle, en grande partie avec le fameux BERLIGOU, de souche apparemment méridionale.

Le Duc de Bretagne, Jean V, en était si entiché, qu’il en cultivait lui-même plusieurs arpents dans l’enceinte ducale.

Quant au Muscadet, il n’en était point encore question. C’est seulement vers 1530, que son nom apparaît pour la première fois dans l’oeuvre de RABELAIS. Dans le cinquième livre, au chapitre 34, dédié au célèbre Oracle à la bouteille, on voit le nom de Muscadet figurer entre l’Anjou, le Graves, l’Arbois, le Beaune et le Malvoisie. Observons, tout d’abord, que c’est un grand honneur pour lui d’avoir été jugé digne d’accompagner ces crus fameux. Malheureusement, si ces derniers portent la marque de leurs origines respectives, aucun indice, aucune référence géographique ne viennent déceler celle du Muscadet Rabelaisien.

Aussi, en attendant que s’ouvre la bibliothèque qui viendra fixer ce point d’histoire si important pour nous, étions-nous enclins à admettre la thèse d’Auguste BLANLUET, le doux poète de la Loire, qui voit la présence de ce vignoble aux confins du Berry et du Bourbonnais, où se cultivent encore quelques parcelles sous ce même vocable de MUSCADET. Le document que je viens de découvrir tendrait à accréditer cette thèse. En 1509, le Conseil d’Angers accorde un congé pour vendre vin « estrangé » :

“René ROUSTILLE, marchant demeurant en ceste ville d’Angers a requis audit conseil que le plaisir de mesdits seigneurs pusse luy permettre de vendre à détail en cette ville d’Angers deux pipes de vin d’ostrange pays c’est assavoir vin de ……et de muscader qu’il fait de brief venir en ceste dite ville. Ce qui luy a este permis et octroyé par ledit conseil pourven qu’il vendra ledit vin que à deux sols six deniers la pinte au plus et seront lesdits deux pipes de vin scellées et meschées par un des sergents de céans”.

Quant à l’introduction du muscadet dans la zone actuelle, la preuve que nous en ayons est un parchemin du chartier du château de l’Oiselinière où nous déchiffrons :

« le 20ème jour de janvier de l’an 1635 en noz courtz de Nantes et de Clisson… ont esté présans noble homme Jan GOULLET sieur de LOYSELLINIERE …baille… 78 boysselées de terre… et la planter en bonne plante de vigne blanche de muscadet de quatre pieds de distance… »

Ce parchemin fait foi d’état civil. C’est le plus ancien et le seul parchemin à ma connaissance où l’on trouve le nom de MUSCADET. Depuis lors lors, ce mot magique a fait le tour du monde.

D’après un article de M Constant Leconte, adapté et complété par Jean-Marie Loré Grand-Maître de l’Ordre.

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